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Intervention de Ziad Khoury, préfet de l’Aisne, devant l’assemblée du Conseil départemental

 
 
Intervention de Ziad Khoury, préfet de l’Aisne, devant l’assemblée du Conseil départemental

Intervention de Ziad Khoury, préfet de l’Aisne, devant l’assemblée du Conseil départemental

Discours du Préfet.

Monsieur le président du Conseil départemental,

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

Il manque quelqu’un. Nous lui avons dit au revoir vendredi dernier après sa disparition brutale. C’est Michel Potelet. Je veux tout d’abord rendre hommage, ici et aujourd’hui, à sa personne et à son engagement public remarquable.

Si certains s’interrogent sur le rôle d’un élu du peuple, ils peuvent s’inspirer de l’exemple de Michel Potelet. Il va nous manquer.

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

● C’est un honneur et un plaisir pour le représentant de l’État de s’exprimer devant votre assemblée. C’est une tradition qui a été perdue de vue, et je suis heureux de pouvoir, avec l’accord de votre président, la refaire vivre une fois par an dans l’Aisne.

Au-delà du rituel républicain, qui en soi est important, au-delà du moment convivial que nous pourrons partager après cette séance, c’est surtout la possibilité d’un échange sans filtre que je veux souligner. Il est normal que l’État vous présente son activité et ses orientations, et que vous puissiez lui faire part de vos analyses et de vos propositions.

Cette année est très spéciale, et j’éviterai donc l’approche en catalogue et en rétrospective, pour vous livrer, de façon plus politique que technique, certains chantiers clés du point de vue de l’État.

Laissez-moi d’abord vous dire qu’on évoque souvent depuis quelques semaines, et à juste titre, le couple maire - préfet. Je ne voudrais pas qu’on occulte un autre couple important, celui de président du conseil départemental - préfet, qui est tout aussi ancré dans nos territoires.

Il me plaît à considérer plus largement que ce couple a vocation à s’étendre à tous les conseillers départementaux dans leur canton. J’attache d’ailleurs de l’importance à pouvoir, comme mes collègues sous-préfets, vous rencontrer à l’occasion des déplacements sur le terrain, ce qui, à mon goût, n’arrive pas assez souvent.

● Je voudrais en premier lieu vous parler de la démocratie, dont vous êtes l’expression. Nous sortons d’un scrutin municipal une fois de plus bien organisé par l’Etat et les mairies, malgré des conditions particulières. Et sa première leçon est la progression inquiétante de l’abstention, qui ne s’explique pas par la seule circonstance sanitaire.

La démocratie est une fausse évidence : c’est un régime exigeant, pour les élus autant que pour les électeurs.

Elle est à la fois le demos, c’est-à-dire le peuple, et le cratos, c’est-à-dire le pouvoir. Or le défi actuel est principalement celui du cratos, celui de l’impuissance publique : la promesse à tenir, par la restauration d’une capacité collective à agir, est celle d’une maîtrise par les citoyens d’un destin commun, malgré la complexité et la dilution.

Notre mission est donc de conjurer l’impuissance publique, en s’appuyant sur l’esprit citoyen et l’esprit d’initiative. C’est ainsi que nous renouerons avec le peuple et que nous trouverons des réponses à ses attentes.

Dans ce contexte, la démocratie représentative reste le système le plus légitime, pourvu qu’elle laisse une place adaptée à des formes de participation. Et la délibération démocratique reste la meilleure voie, si elle ne procède ni de la posture, ni du commentaire, mais de la responsabilité citoyenne éclairée par l’intérêt général.

Délibérer, c’est ensuite choisir, et donc trancher : c’est en s’empêchant d’agir qu’on nourrit l’impuissance publique.

● Après la démocratie, laissez-moi vous parler de la République. Elle nous unit et nous dépasse. Nous sommes tous, ici et ailleurs, ses serviteurs. La République procède de la France. Et la France s’est construite avec l’État. Ce triangle est notre patrimoine, il porte notre civilisation et sa dynamique.

La République se fonde d’abord sur un ordre. C’est pourquoi force doit rester à la loi. L’État est dépositaire de l’autorité publique, qui est au coeur du contrat social, et je considère que c’est sa première mission.

Il ne peut donc y avoir aucune tolérance pour ceux qui s’en prennent à ses agents, au premier rang desquels les forces de l’ordre, qui ont le monopole légitime de la contrainte. 11 000 policiers et gendarmes ont été agressés en 2019, sept sont morts en fonction. Je pense aussi aux sapeurs-pompiers.

C’est pourquoi également nous poursuivrons notre mobilisation pour combattre les violences et la délinquance. J’ai fixé quatre priorités à cet égard : la lutte contre les cambriolages, la lutte contre les violences conjugales, la lutte contre les stupéfiants et la préservation de la tranquillité dans l’espace public.

L’État est au coeur de cette stratégie régalienne mais elle doit s’inscrire dans une approche globale, qui prend racine dans l’éducation, et dans un large partenariat, qui commence par le citoyen pour se poursuivre jusqu’aux acteurs socio-économiques et aux maires.

Je tiens à souligner l’engagement du Conseil départemental dans les politiques de sécurité, récemment traduit par la signature conjointe avec l’État de deux plans d’action :

- celui sur la lutte contre les violences faites aux femmes, fondé sur trente initiatives très concrètes, y compris l’augmentation du nombre d’intervenantes sociales au bénéfice des commissariats de police ;

- et celui sur la vidéoprotection, avec un schéma départemental de plus d’une centaine de sites prioritaires pouvant faire l’objet pour leur équipement d’un cofinancement à 80 %.

Les résultats en matière de délinquance sont encourageants avec une baisse de 12 % sur le premier semestre. Le confinement y a certes une part importante, mais la situation reste plus favorable depuis qu’il s’est terminé. Il en est de même en matière de sécurité routière, avec une baisse d’environ un quart des tués et blessés.

Pour autant, nous ne pouvons pas nous satisfaire de ces évolutions car il y a encore trop de drames, de violences ou d’incivilités, qui appellent une offensive de l’ensemble des institutions pour les prévenir. Nos partenariats au plan local demeurent trop variables et inconstants : c’est autour de la proximité des réponses que tous doivent s’articuler.

La République, ce sont également des valeurs qui réclament de l’intransigeance : la laïcité et la cohésion nationale, notamment par la lutte contre le séparatisme et le communautarisme. Le respect de ces valeurs est non seulement cardinal pour apprécier l’intégration mais une condition transversale que l’État a introduit dans l’attribution de ses fonds. Et je vous invite à observer la même règle.

J’anime personnellement, de façon régulière, un groupe de travail sur ce sujet.

Il en est de même pour celui, toujours à un niveau élevé de vigilance, de la lutte contre le terrorisme. Le but est à chaque fois d’identifier et de traiter les signaux faibles et les situations pouvant présenter une menace.

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

● Pour l’Aisne, l’enjeu, à l’issue de la crise épidémique du Covid 19, reste identique : transformer en carrefour ce que trop considèrent comme un angle mort. A la jonction de différentes plateformes, celles de l’Ile-de-France, du Benelux, de la région rémoise et de la région lilloise, l’Aisne apparaît en effet trop souvent ignorée.

Si son Histoire est un poids aussi tragique que glorieux, sa géographie doit devenir une chance, et plus encore dans la phase qui va s’ouvrir avec sa nouvelle grille de lecture. Le court terme sera bien sûr très préjudiciable, comme ailleurs, avec la question de la rapidité et de la force du rebond.

Cependant :

► Le temps à venir est celui de la souveraineté agricole et de la qualité des approvisionnements, et l’Aisne peut offrir une agriculture structurée, variée et relativement forte.

Elle le sera plus encore par la recherche de nouveaux signes de qualité, comme pour le cidre, et de nouveaux débouchés, comme les matériaux de construction et de rénovation biosourcés, sur lesquels j’ai fait le point récemment en comité de pilotage, avec de belles perspectives ;

► Le temps à venir est celui d’une forme de réindustrialisation en France par le retour de certaines productions dispersées au loin et nous mettant en situation de trop grande dépendance.

Et l’Aisne peut offrir du foncier accessible et proche de grandes infrastructures de transport, ainsi qu’une main d’oeuvre dont le défi est de le rendre plus employable. C’est notre enjeu le plus grand ;

►Le temps à venir est celui de formes de tourisme diversifiées, plus proches et porteuses de sens, et l’Aisne peut offrir un cadre de vie bucolique, un patrimoine riche, un narratif autour de l’Histoire et des écrivains, auxquels manque une offre touristique structurée.

Nous venons de subir un choc inédit, et ses impacts seront rudes, mais je ne connais qu’un moyen de sortir de cette crise exogène : par le haut.

● Sur tous ces enjeux, nous avons besoin d’un Conseil départemental actif, et je sais que c’est déjà sa volonté, continuant à travailler main dans la main avec l’Etat. Permettez-moi d’en donner des illustrations récentes, dont le point commun est la détermination à renforcer notre attractivité :

► Le président du Conseil départemental a accepté que nous coprésidions un comité de pilotage, qui vient d’être installé, afin de donner à la célébration l’an prochain des 400 ans de la naissance de Jean de la Fontaine toute son ampleur et son effet d’entraînement ;

►Plus tôt dans l’année, nous avions, de même, conjointement lancé le comité de pilotage en faveur de la labellisation dans l’Aisne de territoires en lien avec les Jeux olympiques de 2024 ;

►De façon moins évènementielle, mais toujours dans la recherche de vecteurs de notoriété, nous venons de lancer les travaux vers un plan d’action ambitieux sur le tourisme fluvial et fluvestre. Deuxième département de France par son réseau de canaux et voies navigables, je suis convaincu que l’Aisne dispose d’une carte fédératrice en valorisant ce mode de tourisme et de loisir.

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

● Un des maux dont pâtit depuis trop longtemps notre pays est un pessimisme exacerbé, une inclinaison vers le dénigrement.

Je souhaite donc que le reste de l’année 2020 et les prochains mois soient ceux de l’optimisme par la volonté dont, malgré les contraintes, nous devons être les ambassadeurs. J’aimerais pointer certains signaux positifs :

En 2020, 146 000 foyers dans l’Aisne ont vu leur taxe d’habitation totalement supprimée. C’est une décision exceptionnelle dans l’histoire fiscale, qui représente une économie annuelle de 454 euros par foyer et 97 millions d’euros de pouvoir d’achat réinjectés dans le département lorsque cette suppression arrivera à son terme en 2023 ;

En 2020, le déploiement du très haut débit s’accélèredans l’Aisne, pour s’achever en 2022. L’État, aux côtés notamment du Conseil départemental, apporte un financement de 74 millions d’euros.

C’est un choix politique fort en faveur des départements ruraux car aujourd’hui, le premier facteur de désenclavement est le désenclavement numérique, qui égalise les chances et donne des perspectives nouvelles. Au même horizon de 2022, nous aurons une couverture téléphonique complète et de qualité. L’Aisne est donc bien avancée.

A nous de nous emparer de ces outils technologiques sans lesquels aucune attractivité économique et résidentielle ne serait possible. La prochaine décennie sera celle de la révolution de l’intelligence artificielle. Il faut s’y engager résolument, et c’est pourquoi j’en ai fait une priorité majeure, avec un conseil d’experts dont je me suis entouré pour promouvoir les différents usages de l’IA.

Une journée de lancement d’une stratégie de l’intelligence artificielle dans l’Aisne aura lieu le 6 novembre prochain à travers un séminaire que l’État organisera à la CCIChambres de commerce et d'industrie de Saint-Quentin. Je compte sur l’implication du Conseil départemental pour faire de l’Aisne un des laboratoires de cette révolution.

Je tiens aussi à souligner, dans ce domaine des nouvelles technologies, que l’Aisne, notamment en raison de son niveau très élevé d’illettrisme, vient d’être choisie comme un des deux départements où sera expérimentée une action massive en faveur de la continuité pédagogique.

Il s’agira pour l’État de fournir un effort d’équipement et de formation majeur dans le numérique en faveur de tous les établissements scolaires :

- équipement en ordinateur ou tablette des élèves des écoles élémentaires ;

- équipement des classes en kit d’enseignement à distance ;

- équipement et formation des enseignants ;

- formation des parents.

► Autre exemple d’un signal de confiance dans l’avenir, cette étude qui nous indiquait il y a quelques mois que les directions achats des différents organismes devenaient moins sensibles au seul facteur de coût pour tenir compte davantage du fabriqué en France, de la qualité, de la sécurité, de l’impact environnemental.

Cette tendance à une relocalisation peut profiter à un département comme l’Aisne, dans un contexte d’allègement significatif à venir des impôts sur la production, à la suite des mesures importantes d’exonération des charges sur les bas salaires déjà décidées.

● Mais il faut en favoriser les conditions de mise en oeuvre, en mettant au coeur de nos politiques le travail et l’emploi.

C’est le sens de la nouvelle direction départementale interministérielle qui verra le jour à la fin de l’année par la fusion des services départementaux de l’emploi (la DIRECCTEdirection régionale des entreprises de la concurrence de la consommation du travail et de l'emploi) et de la cohésion sociale (la DDCS), conduisant à une stratégie plus coordonnée d’insertion par l’activité et de lutte contre la pauvreté.

Cette lutte, nous la portons dans une stratégie conjointe avec le Conseil départemental, dont un avenant sera conclu en septembre, avec des moyens financiers plus importants mis à disposition.

Nous aurons également, de façon plus spécifique, un plan de prévention et de protection de l’enfance à signer au début de l’automne puisque l’Aisne a été retenue comme département pilote.

De façon générale, combattre tous les freins à l’entrée ou au retour sur le marché du travailest un objectif central, qu’il s’agisse de formation ou de mobilité :

- c’est pourquoi l’État accompagne fortement le Conseil départemental dans le projet d’école de la deuxième chance à Vervins ;

- c’est pour cette raison que j’ai suggéré l’élaboration d’un schéma départemental de covoiturage.

La lutte contre le chômage et la préservation de l’emploi seront donc la priorité des prochains mois, en particulier par des mesures massives en faveur des jeunes, dans les domaines du coût du travail, des parcours d’insertion et l’engagement civique.

Ces mesures s’ajoutent à celles, sans précédent, récemment prises en faveur de l’apprentissage. Je compte sur le Conseil départemental pour porter avec nous cette priorité.

● Mais le plus grand signe d’optimisme dans le moyen terme que je vois sont les atoutsdont dispose l’Aisne.

Pour attirer, nous devons transformer nos centralités urbaines, principales ou intermédiaires, qui manquent encore d’assise.Beaucoup de choses ont été réalisées, mais il faut aller plus loin.Du point de vue del’État, cela passe par plusieurs voies.

► Une déclinaison résolue de tous les programmes de redynamisation :

▪Action Coeur de ville, qui est un formidable catalyseur d’énergies dans les quatre villes concernées,

▪les opérations de revitalisation des territoires, qui redessinent des bassins de vie,

▪les trois programmes de l’ANRU, qui représentent 65 millions d’euros d’intervention de l’Etat et modifient le destin de zones urbaines,

▪ou le programme qui va débuter cette année autour des petites villes de demain, qui sera un accélérateur majeur de nos synergies rurales.

Je pourrais aussi évoquer les objectifs en hausse cette année :

▪en matière de programmation de logement social, avec 273 logements concernés,

▪et de rénovation des logements avec le concours de l’ANAH. Aux 10 PIG et OPAH en vigueur en début d’année vont s’ajouter au second semestre un PIG sur le pays de Thiérache et 4 OPAH-RU.

Il s’agit de disposer d’un parc adapté aux besoins et au fonctionnement fluide, y compris en provenance des hébergements divers que gère l’État.

Nous devons être au rendez-vous de ces chantiers car au final c’est l’ambition collective des hommes et leur engagement qui fait la différence.

► Une autre voie à suivre est la conception plus structurante que nous devons avoir des différentes sources de financement des investissements. Nous l’avons engagé pour la dotation d’équipement des territoires ruraux.

Pour favoriser la relance, 25 millions d’euros ont d’ores et déjà été notifiés cette année pour soutenir, souvent avec le Conseil départemental, les investissements des communes et intercommunalités.

D’autres crédits viendront rapidement et j’invite vivement nos collectivités à disposer de projets structurants prêts à être engagés dans le cadre de la croissance écologique.

De façon générale, ce qui manque d’abord ce ne sont pas des ressources financières mais de la stratégie territoriale, des projets qui font levier et de l’ingénierie pour les porter ;

► La troisième voie de consolidation de nos centralités passe par une relecture de la carte des coopérations intercommunales, avec le souhait d’ouvrir une phase de réflexion sur de nouveaux rapprochements, notamment autour de certaines de nos agglomérations.

● Dans la recherche d’une stratégie territoriale, nous devons conjuguer cette gestion de nos zones urbanisées avec celle de nos espaces, en veillant à contenir strictement l’artificialisation des sols.

Une approche plus stratégique et à la bonne échelle des différents outils de planification s’impose, comme les SCOT, souvent trop morcelés, et les PLUI, qui devraient concerner toutes les intercommunalités.

Plus spécifiquement, au moment où il faut faire preuve d’une attention toute particulière face aux projets d’éoliennes dans l’Aisne, notamment au regard des critères de paysage, de patrimoine et de saturation, j’ai approuvé la définition d’une carte permettant de mieux apprécier les secteurs à éviter et les différentes limitations.

En parallèle, il convient d’activer d’autres vecteurs de la transition énergétique comme le photovoltaïque, la méthanisation ou la rénovation thermique, qui sera une priorité forte de la relance gouvernementale, avec plus de 20 milliards d’euros dédiés.

Un séminaire de valorisation des bonnes pratiques pour ces énergies renouvelables sera organisé par l’État le 15 octobre.

Dans ce domaine de l’organisation notre espace, j’ai tenu aussi à parvenir à une meilleure coopération en ce qui concerne les questions de chasse, afin d’aboutir au bon équilibre agro-sylvo-cynégétique : c’est l’objet du schéma départemental de gestion cynégétique enfin signé en début de ce mois pour la période 2020-2025.

Plus globalement, notre avenir passe, comme l’a dit le Premier ministre, par la croissance écologique, et non la décroissance verte. Nous aurons à cet égard à définir dans tous les territoires, en particulier intercommunaux, des contrats de relance et de développement écologiques.

● Vous l’avez compris, nous avons besoin de leviers et de marqueurs :

►Le Pacte pour la réussite de la Sambre-Avesnois-Thiérache est ainsi une grande initiative de l’État, avec ses partenaires, et une chance historique. L’enjeu est d’avancer de façon volontariste sur plusieurs fronts afin de transformer le destin de ce territoire de France.

Il y a eu déjà des réalisations nombreuses sur lesquelles nous avons fait le point récemment, en présence du président du Conseil départemental. Elles vont continuer à se démultiplier de façon cohérente cette année, avec un bilan en novembre à l’occasion des deux ans de la signature du Pacte, s’accompagnant de nouvelles impulsions.

Sur la proposition de votre président, nous avons engagé la réflexion sur un contrat de cohésion territoriale dans le Soissonnais selon le même esprit, afin de valoriser pleinement ses potentialités.

Sur le sujet structurant de la RN2, un comité de pilotage le 6 juillet à Laon, en présence du préfet de région et du président du Conseil départemental, a permis de constater que les engagements étaient tenus dans l’avancée des travaux, et d’acter le premier nouveau tronçon de mise à deux fois deux voies entre Laon et Marle, qui sera réalisé en principe à partir de fin 2022.

► L’Aisne abrite en outre un projet unique de l’État, celui concernant le château de Villers-Cotterêts, pour lequel les travaux de la cité internationale de la langue française ont débuté.

C’est une opportunité exceptionnelle pour le département de s’affirmer et de susciter des investissements complémentaires. Grâce en particulier au Conseil départemental, nous avons pu lors d’un comité technique récent dégager une solution sur la question sensible du stationnement.

● Je voudrais enfin insister sur deux singularités de l’Aisne qui appellent une action déterminée :

► Parce qu’il n’y a aucune fatalité à l’illettrisme et à l’illectronisme, et que l’Aisne pâtit d’un handicap particulier dans ce domaine, j’en ai fait la grande cause départementale.

Nous lancerons la mobilisation générale contre ce fléau lors d’un séminaire le 9 septembre à Laon auquel vous êtes tous conviés. Il faudra des actions sur tous les volets et des progrès mesurables ;

► Parce que l’Aisne est un département étendu et d’habitat diffus, nous devons travailler sur des maillages cohérentstout en luttant contre la dispersion des moyens.

C’est le sens du déploiement des Espaces France services, dont 23 devraient être labellisés d’ici 2022, dans chaque canton rural, et 12 dès cette année. Il s’agit d’une initiative majeure pour simplifier la relation avec l’usager et assurer une proximité, en misant sur des organisations innovantes du travail sans négliger la relation humaine.

Il en va de même :

▪pour la réorganisation du réseau de la direction départementale des finances publiques, à l’avenir complétée par l’installation à Laon et Château-Thierry de services centraux du ministère,

▪ pour l’accès à la santé, avec l’existence de 23 maisons de santé en 2020 et le développement de la télémédecine,

▪ pour l’éducation, avec un ratio toujours plus élevé d’enseignants par rapport au nombre d’élèves dans le premier degré. Depuis trois ans, le nombre d’élèves a baissé de 3153 alors que celui des enseignants a augmenté de 46 postes.

Non, la ruralité n’est pas abandonnée, elle est même au coeur des politiques publiques, car tous les territoires comptent et doivent avoir un avenir.

Non l’Aisne n’est pas oubliée, les exemples sont nombreux pour s’en convaincre. Il me vient en tête celui de la cité éducative de Saint-Quentin, sur laquelle j’ai fait le point récemment, un projet enthousiasmant dont se sont emparés les acteurs locaux, avec 840 000 euros mobilisables.

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

● Nous venons de traverser une crise sanitaire inédite, moins par son ampleur propre que par ses impacts démultipliés dans nos sociétés contemporaines.

Cette crise n’est pas encore derrière nous : le mot d’ordre est la reprise de nos activités, dans une perspective de relance, après une phase de sauvegarde, mais sans délaisser les mesures de prudence et toutes les restrictions.

Pour favoriser laconfiance et la visibilité qui font encore trop défaut, l’esprit de responsabilité collectif et individuel demeure nécessaire. C’est ce cap de prévention, conjugué à la détection et à la réaction rapides, qui justifie l’extension à compter de ce jour de l’obligation de port du masque.

Le temps viendra des leçons de cette pandémie, qu’il s’agisse de l’organisation de l’État et de la coordination en son sein, de l’organisation du système de soin à la fois hospitalier et de ville, de l’anticipation dans la montée en puissance des moyens de protection et de détection, et d’autres points encore.

En attendant, nous pouvons ressentir une forme de fierté de constater, malgré des périodes de forte pression et de tension sur les ressources, que notre système hospitalier a tenu, grâce à l’exceptionnel engagement de tous nos soignants, etque l’État a su se mobiliser dans le pilotage de la crise.

Ses services ont répondu présent à ce rendez-vous si singulier : les forces de l’ordre, les services des finances publiques, ceux de l’emploi, les personnels de l’éducation nationale, de la préfecture et des sous-préfectures, pour ne citer que ces exemples.

Il est difficile de s’imaginer de l’extérieur l’adaptation permanente du dispositif opérationnel que requiert un tel évènement, et la mise sous tension qu’il implique puisqu’une de ses particularités était de ne soustraire personne au risque.

Il est difficile de s’imaginer de l’extérieur l’énergie nécessaire, dans notre Etat de droit sophistiqué, pour mettre en place sans tarder des dispositifs juridiques dérogatoires en nombre ainsi que des mécanismes d’aide aussi puissants que variés.

Tout cela, sans repères évidents, a aussi fonctionné, parce que nos maires, et plus largement noscollectivités territoriales, ont également été au rendez-vous. Et je peux témoigner devant vous de l’implication aussi précieuse que constante de votre institution et de ses responsables politiques comme administratifs.

On ne s’est jamais autant vu, avec votre président, qu’en cette période hors du commun.

Nous devons aussi la réussite de notre mobilisation aux acteurs del’accompagnement des personnes âgées ou vulnérables, et à ceux de la deuxième ligne, je pense par exemple aux agriculteurs, à la filière agro-alimentaire dans sa diversité et aux personnels de la distribution, qui ont rapidement dissipé le spectre de la rupture d’approvisionnement.

Nous le devons enfin à tous nos compatriotes qui ont très largement respecté les règles du confinement, ce qui, je le souligne, n’allait pas de soi a priori.

J’ai une pensée de profonde sympathie pour les victimes du coronavirus, partis souvent dans des conditions éprouvantes pour elles et leur entourage. J’ai une pensée de solidarité avec ceux qui en ont subi les symptômes parfois très durs, à commencer par les acteurs médicaux et médico-sociaux.

Mais je puis vous assurer, de ma place au coeur de cette crise, qu’au regard des moyens et des connaissances disponibles, les bonnes décisions ont été prises au bon moment.

Nous n’avons d’ailleurs pas à nous défier de la comparaison avec les pays voisins. Notre modèle d’organisation institutionnelle a montré dans l’ensemble ses vertus, attendues par les Français, de cohérence et d’efficacité d’une colonne vertébrale.

Tout n’a pas été fluide et optimal, loin s’en faut, mais nous devons résister à la tentation des commentaires rétrospectifs. Et s’il y a bien une leçon principale à retenir de cette expérience sans précédent, c’est l’exigence d’unité dans la proximité.

● Il y a les crises, mais c’est à travers tous les jours de l’année que l’État veut être à la hauteur de ses quatre missions fondamentales : protéger, éduquer, soigner, assurer la cohésion nationale.

L’État n’est pas un concept périmé, mais le socle de la Nation. Il n’est pas rejeté par nos concitoyens mais attendu. Il est la condition et le gardien de notre devise de liberté, d’égalité et de fraternité.

Nous avons également besoin du Conseil départemental comme institution et de ses élus comme représentants du peuple. C’est la France des territoires, celle de la proximité, à qui le Gouvernement veut faire confiance.

Le Gouvernement vient en outre de souligner la place majeure pour l’État de l’échelon départemental comme celui de l’action opérationnelle, dans la cohérence et l’efficacité.

Un partenariat aussi étroit que confiant entre l’État et le Conseil départemental est non seulement souhaitable mais nécessaire pour la réussite de l’Aisne et de la France. Nous aurons par exemple l’occasion de le manifester cette année avec les discussions autour du nouveau contrat de plan Etat-région et la déclinaison du plan de relance sans précédent de 100 milliards d’euros qui sera engagé en septembre.

Vous pouvez compter sur les services de l’État, et je me réjouis que ce partenariat soit notre réalité, quotidienne ou plus exceptionnelle. Je garde en mémoire à cet égard notre organisation conjointe du déplacement du Président de la République le 17 mai afin de célébrer de Gaulle et la bataille de France dans un moment d’union aussi émouvant qu’authentique.

Mesdames et messieurs les conseillers départementaux,

nos barrières sont d’abord mentales, nos enjeux sont d’abord culturels. Par exemple,

▪dans notre rapport au travail, ce qu’on appelle le savoir-être,

▪dans notre rapport au monde, avec la question de l’identité,

▪dans notre rapport à nos fractures, territoriales ou sociales, avec des sujets comme l’ascenseur social et la mobilité,

▪dans notre rapport à l’État, avec la problématique de la recette et de la dépense publique,

▪ou simplement dans notre rapport à la règle, avec l’exacerbation de l’individualisme et du juridisme.

Mais, au fond, nous savons tous où est notre devoir, servir la France, et nous devrions, à cette fin, être tous déterminés à obtenir des résultats.

Le Premier ministre l’a dit dans son discours de politique générale, la première ambition est de « réconcilier ces France si différentes, les souder ou les ressouder », d’écouter et de mieux considérer « une France qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins ».

Vive l’Aisne ! Vive la République ! Vive la France !